Comment les grands médias «manufacturent le consentement» de l’opinion publique, leçon 358

La soi-disant objectivité journalistique des grands médias est bien pratique pour ne pas attirer l’attention du grand public sur les pires exactions des grands criminels à cravates qui tirent les ficelles de nos politiciens marionnettes. La semaine dernière, comme toutes les autres par ailleurs, nous en donne moult exemples.

Ce n’est pas que les grands médias ne donnent pas du tout la parole aux acteurs de la société civile qui dénoncent les abus de pouvoir et les violences étatiques, non. Ils ont généralement droit à leur petit paragraphe, une fois que le grand titre et le chapeau ont bien orienté l’article sur les « faits », c’est-à-dire un événement bien souvent abstrait de toute référence éthique, bien noyé sous les normes implicites, qui sert le statut quo des privilèges éhontés d’une « overclass » qui ne dit pas son nom. Ouf…

Des exemples ? D’abord ceci, publié hier dans le journal Le Monde :

LuxLeaks : prison avec sursis pour les lanceurs d’alerte français

Extrait :

« Dans un silence solennel, devant une salle remplie de supporteurs venus soutenir un frère, un ami, un voisin, ou simplement un lanceur d’alerte, le président du tribunal d’arrondissement du Luxembourg a déclaré, mercredi 29 juin, Antoine Deltour et Raphaël Halet « coupables » de « vol, violation du secret professionnel et du secret des affaires », mais aussi « de fraude informatique, de blanchiment et divulgation du secret des affaires ».

Tous trois étaient poursuivis dans l’affaire dite Luxleaks, qui a éclaté après la révélation de centaines d’accords fiscaux confidentiels passés entre des multinationales et le fisc luxembourgeois. « Cash investigation » avait consacré une émission entière sur le sujet, en 2012. La publication de ces « rescrits fiscaux » par le consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), en 2014, avait ensuite provoqué un vaste scandale qui avait touché jusqu’à Jean-Claude Juncker, l’ancien premier ministre luxembourgeois et actuel président de la Commission européenne. Un an après ces révélations, une directive européenne imposait aux Etats de l’Union de s’échanger de telles informations.

Antoine Deltour, qui va faire appel, comme Raphaël Halet, a aussitôt regretté une décision qui « revient à condamner les avancées réglementaires que les révélations à l’origine de l’affaire “LuxLeaks” ont impulsées. Si vous voyez passer des milliards d’euros qui contournent les règles fiscales de manière douteuse, le tribunal vous enjoint de fermer les yeux et de n’en parler à personne ». Son avocat, Me William Bourdon, a, lui, dénoncé un jugement « contraire à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, et qui exprime la face la plus conservatrice de l’Europe, celle qui n’a qu’une obsession : entendre les intérêts privés plutôt que les citoyens ». »

Bien sûr, on rapporte les propos de l’avocat de Deltour. Mais on cherche une voix journalistique, une voix indépendante, comme celle d’Anne-Marie Voisard qui en connaît un bout sur le sujet (elle travaillait aux Éditions Écosociétés lors des poursuites bâillons de deux minières totalisant 11 millions de dollars contre le livre Noir Canada) et qui commentait l’affaire en ces termes :

« Agir dans l’intérêt général. Contribuer à lever le voile sur des pratiques d’optimisation fiscale douteuses. Voilà qui n’immunise pas, de l’aveu même du tribunal, le lanceur d’alerte contre une condamnation pour vol, fraude informatique et violation du secret professionnel et du secret des affaires. Voilà une « justice » qui ne s’encombre même plus de masquer ses partis pris. »

C’est cette subjectivité responsable et assumée que craignent comme la peste les grands médias. Parce ces mots viennent chercher ce qu’il y a de plus humain en nous. Parce que ces mots montrent le caractère proprement révoltant de l’affaire. Alors que ce qu’on ressent à la suite de l’article du Monde c’est plutôt quelque chose comme « C’est ben plate, c’est ben maudit, mais qu’est-ce tu veux, c’est d’même… ». Et, dans le pire des cas : « Personne n’échappe à la justice… »  Alors que c’est très exactement le contraire ! Quand t’as une belle cravate chère, d’habitude, tu peux très bien échapper à la justice…

Un autre exemple de ces grands titres et de ces expressions que les grands médias nous tartinent à pleine page et qui finissent pour nous rentrer dans le subconscient par le seul fait de la répétition c’est ce « Three Amigos » que l’on voit partout depuis quelques jours pour décrire la rencontre entre Barak Obama, Justin Trudeau et Enrique Peña Nieto, le président du Mexique. Trois amis, donc. C’est beau l’amitié, non ? Qui peut être contre ça, c’est comme la vertu…

N’empêche, il faut se tourner du côté de Telesur, la chaîne latino-américaine non soumises aux diktats de Washington pour lire sur cette rencontre un titre comme :

Mexico Massacred Its Citizens and Nobody Seems to Have Noticed

Et pour nous rappeler pourquoi des événements troublants qui se déroulent actuellement au Mexique et pourquoi Nieto devrait être tenu responsable de telles violations des droits humains par son armée :

« It all began when a group of rural, elementary school teachers closed a highway that runs through the small, mostly indigenous town of Nochixtlán. They were protesting the government´s neo-liberal education reforms and in favour of the release of two top teacher union activists, who had been taken as political prisoners a week earlier.

Instead of negotiating with the protesters, or using limited force to liberate the highway, the federal government decided to violently quash the uprising. Peña Nieto sent hundreds of masked police officers armed with high-powered automatic rifles and tear gas to run off the protesters. In response, the surrounding communities called for reinforcements. Church bells ran, a form of SOS call to the surrounding villages, and hundreds of residents appeared on the scene in support of the peaceful teachers. Although some of the reinforcements did throw rocks and launch fire crackers at the riot police, none of the protesters were armed nor were the lives of law enforcement officials put at risk.

The police acted with desperate vengeance. According to eyewitness accounts, plain clothes police first set fire to buses and cars in order to create the impression of chaos and thereby “justify” the upcoming brutal attack. The uniformed agents then opened fire on the innocent crowd. Nine protesters were killed, dozens wounded and many others arbitrarily arrested by law enforcement, who grabbed anyone they could get their hands on. Amid the chaos, the police even interrupted a family funeral taking place in the town cemetery to haul off to jail dozens of the attendees who had no connection to the protests.”

3 amigos

Chose certaine, ce n’est pas notre cher ex-médecin du régime archi-répressif d’Arabie Saoudite et accessoirement premier ministre du Québec, Philippe Couillard, qui va confronter Nieto là-dessus. Comme il l’a affirmé sur toutes les tribunes lors du passage de Nieto à Québec en début de semaine, « le Mexique va dans la bonne direction ». Considérant les nombreux profs tués récemment par l’armée mexicaine, ça promet pour le Québec !

Et quand un organisme sérieux comme Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL) veut faire la job, il se voit tout simplement écarté de la seule tribune lui permettant de s’adresser directement à Nieto. Ça se passait lundi dernier et le journal Le Soleil, de Québec, titrait, en mettant en valeur comme d’habitude le point de vue du pouvoir :

Pas de censure politique au déjeuner causerie, jure la Chambre de commerce

Extrait :

«  La Chambre de commerce et d’industrie de Québec jure que ce n’est pas pour des raisons politiques que des membres du Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL) se sont vu refuser lundi l’entrée au déjeuner-causerie avec le président mexicain Enrique Peña Nieto.

Huit membres du CDHAL, qui avaient acheté leurs billets mercredi sur le site de la Chambre de commerce et obtenu une confirmation avec la procédure pour assister à l’événement, se sont vu indiquer dimanche en soirée que leurs inscriptions étaient annulées faute de places disponibles.

Selon la coordonnatrice Marie-Ève Marleau, le fait que son organisme soit très critique envers l’administration d’Enrique Peña Nieto et qu’il dénonce régulièrement les violations des droits humains au Mexique a sûrement joué un rôle dans la décision. »

C’est ce parti pris subtil mais constant pour le pouvoir en place, celui de l’argent, fort éloigné de tout idéal démocratique réel, que met en scène jour après jour les grands médias dans les grands titres, dans les expressions utilisées, dans le point de vue présenté en premier, dans le cri du cœur révolté à juste titre devant tant d’injustice relégué par le journaliste comme un simple « point de vue », souvent à la fin de l’article, plutôt que d’en faire l’angle principal de l’article qu’appellerait une responsabilité subjective engagée dans notre époque, la seule position journalistique défendable.

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La mission des grands médias : formater la pensée d’abord, informer (un peu) ensuite, empêcher de faire des liens toujours

Un ami qui travaille dans le logiciel libre me disait récemment, sourire en coin, qu’un téléphone cellulaire, c’est d’abord un appareil permettant à la NSA de savoir ce que tu penses et où tu te trouves, ensuite un truc avec plein de gadgets pour bien t’accrocher, et accessoirement un outil pour faire des appels téléphoniques.

Un peu de la même façon, je dirais que les grands médias sont d’abord un outil de propagande pour formater la pensée et accessoirement une façon de diffuser quelques informations bien sorties de leur contexte, histoire de s’assurer qu’on fera un minimum de liens qui pourraient nous donner une idée de la « big picture », du système qui maintient arbitrairement l’esclavage salarié pour la majorité et l’oisiveté surpayé pour une minorité.

On en a eu un bel exemple récemment avec la couverture de l’attentat d’Orlando dans la grosse Presse aux Desmarais. Plus précisément avec l’incident montréalais lors d’une cérémonie en mémoire des victimes d’Orlando où Esteban Torres a lancé une boule de papier sur Philippe Couillard. Ce « jeune homme révolté, près de l’extrême gauche montréalaise », comme l’expliquait la même grosse Presse, était aussi, faut-il le rappeler, très impliqué dans la communauté LGBTQ, militant au sein du Pink Block, un groupe de pression anticapitaliste queer et féministe, et pour l’assouplissement des procédures entourant le changement de sexe.

Or quelqu’un a eu la bonne idée de mettre en perspective cet incident mineur avec un autre attentat, meurtrier celui-là, qui eut lieu ici même dans notre beau Québec… Le montage parle de lui-même :

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Dans les jours qui ont suivi, voyant un autre article de Radio-Canada intitulé cette fois L’assaillant du premier ministre sera accusé de voies de fait armées, Sophie-Anne Legendre a posé une estie d’bonne question :

« Une boulette de papier, pis le gars est accusé de « voies de fait armées »! On va l’accuser de quoi alors Couillard pour le saccage du système d’éducation, du système de santé et l’autorisation de fracturation hydraulique en Gaspésie/Anticosti? Hein, de quoi, crime contre l’humanité?? »

Parlant de Couillard, ça nous ramène directement à l’histoire des pitbulls (remarquez la transition naturelle…) et à ce succulent texte de Marc-André Cyr intitulé « Les sales bêtes » qui n’est pas sans rappeler feu le Cercle de zoologie Winston-Smith. En voici un extrait :

« Mais les sales bêtes portent désormais le complet cravate. Voyez les châteaux qu’elles habitent. Voyez ce qu’elles font à l’Afrique. Voyez les «veines ouvertes de l’Amérique latine». Voyez la bombe atomique. Voyez le Nicaragua, le Chili et le Guatemala. Voyez ce qu’elles font en Palestine, en Irak et en Afghanistan.

Voyez surtout les monuments élevés à leur mémoire. Voyez Thatcher. Voyez Kennedy. Voyez les médailles d’honneur. Voyez Kissinger. Voyez Netanyahou. Voyez monsieur le boucher, sa photo orne les billets qu’on ne peut dépenser…  Ces sales bêtes nous tiennent en laisse. […]

Il suffit cependant de traiter une sale bête de sale bête pour comprendre pourquoi elle est une sale bête. Lorsqu’elle a peur, elle se met à zigner avec élégance les jupons dépassant des jupes journalistiques. «Le premier ministre agressé». «Le SPVM a dû intervenir». «Nouvelles mesures de sécurité». «Les perturbations nuisent à l’économie». «La population est prise en otage». »

Cela nous ramène cette fois à nos chers grands médiocres et à leurs titres tendancieux quand ce n’est pas simplement mensongers. Des mensonges par omission, bien souvent. Comme « oublier » de parler de terrorisme quand celui-ci est l’œuvre d’un nationaliste d’extrême droite et pas d’un musulman. C’est en effet pas mal ce qui s’est passé dans les grands médias suite à l’assassinat de la politicienne britannique pro-palestinienne Jo Coz le 16 juin dernier, une tragédie qui a fait dire à Juliet Samuel : It’s time to call the killing of Jo Cox what it is: ‘an act of far-Right terrorism’

« Since the shocking murder of Jo Cox, Britain has been trying to process this horrible event. The killing of a serving MP who had so much to contribute to our democracy has triggered a national period of sorrow, sobriety and reflection. […]

The Quilliam Foundation, one of Britain’s foremost anti-extremism think tanks, has been the first major organisation to call this dreadful event by its name: an act of nationalist far-Right terrorism. »

Pour ne pas vous laisser sur cette sombre perspective, une petite devinette pour terminer : savez-vous la différence entre un laquais du grand capital et un chercheur d’un institut progressiste ? Non ? C’est très exactement 877 millions de dollars !

Francis Vailles, dans sa chronique de La Presse, écrit en effet que le gel de la rémunération des médecins permettrait d’éviter la moitié (123M$) des compressions actuelles dans le système de santé. L’IRIS démontre par ailleurs dans une étude récente que si on baissait de 12% la rémunération des médecins pour se rapprocher de la rémunération des médecins ontariens qui a servi longtemps de cible, on épargnerait 1 milliard. Donc, non seulement on éviterait les compressions actuelles, on pourrait commencer à réinvestir pour vrai, précise Guillaume Hébert, de l’IRIS.

 

Ces environnements qui nous empoisonnent l’existence au nom du cash

L’actualité récente nous offre l’occasion de réfléchir un peu sur l’influence de l’environnement sur les comportements humains. Comment un environnement malsain peut être nocif et même mortel pour bien des êtres humains. Et comment transformer cet environnement peut amener plus de bien être et de sécurité pour la majorité des gens. Bien sûr, les grands médiocres ne seront pas d’une aide tellement précieuse dans ce domaine, nous empêchant constamment de penser le fond des problèmes, trop occupé qu’ils sont dans le sensasionnalisme qui fait vendre de la copie, et donc de la pub.

Le premier exemple est bien sûr la tuerie d’Orlando. L’environnement ici, ce sont les guns accessibles comme une pointe de piz à la pizzéria du coin. C’est culturel, diront certains. Mais derrière cette culutre, y’a un lobby hyper-puissant qui fait obstruction à toute loi sur un contrôle plus sévère des armes à feu pour continuer de s’enrichir sur la vie (et surtout la mort) d’innocentes victimes.

Ces quatre images illustrent bien le problème et les changements qui doivent absolument être faits dans l’environnement légal de l’Oncle Sam :

Photo de Valérie Gaudreau.
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Photo de Mark Feeney.
Photo de Boing Boing.

Pour mieux comprendre l’efficacité d’une telle législation, voici un succulent topo de Jon Stuwart et John Oliver réaisé il y a quelques années, sur une comparaison pour le moins éclairante avec une loi sur le contrôle des armes passée en Australie vers la fin des années ’90. Et manquez pas le puch final : plus con que ce lobbyiste des armes à feu, tu te tires pas dans le pied, mais dans la tête…

Toujours dans les gros lobby qui ont du sang sur les mains, celui du pétrole et du vroum-vroum est pas mal non plus… La Convergence des luttes anti-capitalistes publiait d’ailleurs le 11 juin dernier à l’occasion du Grand Prix de Montréal un communiqué intitulé Pollution, sexisme et surconsommation : dehors le Grand Prix ! | Convergence des luttes…
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« Comme en 2012 et 2013, nous voulons dénoncer cette foire grotesque du gros cash qui est le symbole par excellence du turbocapitalisme, système à la source de la concentration de la richesse, des inégalités, des crises économiques, écologiques, politiques et sociales partout sur la planète. […]

Nous voulons rappeler aux promoteurs capitalistes et aux amateurs de bolides rutilants que la ville appartient avant tout à ceux et celles qui l’habitent. Les gens de Montréal, le monde ordinaire, n’en tirent rien d’autre que de la pollution atmosphérique et sonore, des rues engorgées partout et un centre-ville envahi par des touristes arrogants ! »

 

Cet extrait mettait on ne peut mieux le doigt sur l’un des aspects les plus révoltant de cette mascarade mortifère dans laquelle nos grands médiocres et notre mollusque de maire embarquent à pieds joints : la sécurité de nos rues qui devraient être avant tout un milieu de vie mais qui sont encore trop souvent des tuyaux à faire passer des chars. Et malgré les efforts notables de quelques administrations d’arrondissement de Projet Montréal, le Plateau en tête, peu de mesure d’appaisement de la circulation sont encore appliquées à Montréal où environ 5 piétons par jour se font rentrer dedans par des chars (dont le nombre augmente toujours de plusieurs milliers par année sur l’île de Montréal !). Et malgré aussi que l’on sait, des dizaines d’études à l’appui, que c’est en modifiant l’environnement physique des rues (trottoirs en saillies, etc.) que l’on protège réellement les piétons (et pas avec de soi-disant mesure de prévention ou de sensibilisation quand nos rues demeurent de large corridors s’apparentant au circuit Gilles Villeneuve).

Et les conséquence néfastes sont multiples, dont le manque d’exercice de nos enfants. On apprenait en effet il y a quelques jours que seulement 30% des enfants vont aujourd’hui à l’école à pied. Il y a quelques décennies, c’était 70%. C’est pour ça qu’à Laval des gens réclament juste des trottoirs. On part de loin en estie…

Tout ça, au fond, pour que l’économie roule, et qu’elle nous roule sur le corps par le fait même :
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« According to Quartz, data from the American Psychology Association shows that 75% of American workers believe their bosses are a major cause of stress at work. However, 59% of them would not leave the job. »

Les conditions environnementales parfaites, une fois de plus, pour être en parfaite inhibition de l’action, mettre son système immunitaire kaput, et se ramasser avec toutes les pathologies imaginables. Voir la magistrale démonstration de tout ça par Henri Laborit dans Mon oncle d’Amérique (au http://www.elogedelasuite.net/?page_id=393) ou dans différents articles au http://www.elogedelasuite.net/?cat=44

Et puis ils ont oublié un dernier et 3e points dans leurs « stratégies » à la fin:
3- pulvériser le capitalisme et toutes les hiérarchies de pouvoir qui viennent avec et tuent à petit feu une majorité de gens…

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Une chance qu’en France, on lâche rien. Et c’est pas les grands médiocres d’ici qui vont insister sur ces mobilisations monstre qui ne dérougissent pas.

« Contrairement au discours officiel du gouvernement sur l’essoufflement, la manifestation du mardi 14 juin était loin d’être le dernier baroud d’honneur d’une CGT marginalisée. C’est au contraire la plus forte mobilisation depuis le début du mouvement, cortège autonome compris. Le devenir de la loi El Khomri se repose avec acuité. »

Et pour se faire plaisir en terminant (car c’est important pour être en bonne santé…) ce coup de gueule d’Olivier Besancenot concernant l’affaire Air France, les licenciements et la précarité.

Le cocktail politiquement toxique de la télé, de la banlieue, du char et du divertissement organisé

Dans Le Devoir du 10 juin dernier, Yvon Rivard y allait d’un constat d’impuissance intitulé À fonds perdu qui l’amenait à se poser bien des questions :

 » La question que je me pose depuis des années et qui resurgit violemment ce matin est la suivante : comment se fait-il que le Québec des cinquante dernières années ait développé tant de compétences dans tous les domaines (artistiques, intellectuels, économiques, etc.), ait favorisé l’émergence d’une véritable conscience sociale, écologique, féministe, et que tout cela aboutisse à tant de médiocrité politique et morale ? Se peut-il que tout ce travail, tout ce dévouement ait été fait à fonds perdu ? Qu’est-ce qui manque au Québec pour qu’il puisse retenir et faire fructifier ce qui s’y fait de mieux, depuis le début de ce pays ? Quel est ce fonds qui lui fait défaut ? Vadeboncoeur disait, dans La ligne du risque, et dirait encore, je crois, qu’il manque d’infini. »

Je vais répondre à la question de M. Rivard. Ouais, je vais faire ça, moé. Peut-être avec moins de style. Mais avec moins de points d’interrogation aussi. Parce que l’inculture généralisée des québécois.es (et de bien d’autres peuples, en passant) dont il parle sans la nommer (ou la voir) ne vient pas de nulle part. Moé chus né les deux pieds dedans, fait que je sais d’où elle vient. Elle vient de la télé, de la banlieue, du char, du divertissement organisé, de toute ces choses qui vont si bien ensemble et sont tellement omniprésentes qu’on ne les voient plus. Et pourtant, elles rentrent dans notre système nerveux, insidieusement. Les compétences intellectuelles ou artistiques dont parle Rivard, et dans lesquelles une minorité de québécois.es finissent par baigner (quand les hasards de la vie ou de tes géniteurs te font tomber dans la civilisation, i.e. dans quelques quartiers centraux de Montréal (ok, je caricature, criez au meurtre, bonnes consciences vertueuses ! ;-P ), eh bien ces « compétences » ne sont pas celle du 50% d’illétré.es fonctionnel.les au Québec. Et comme les grands médiocres désinforment plus qu’ils n’éduquent et que l’éducation scolaire est bien sûr toujours coupée par les barbares à cravates au pouvoir, il me semble que le « mystère » soulevé ici par M. Rivard s’éclaire par mal de lui-même. Et que pour se questionner sur l’infini, faudrait d’abord avoir un peuple éduqué et politisé. Et pour ça, faut voir les freins énormes et systémiques à cette éducation et à cette politisation. Et donc y faut agir là-dessus le plus possible, en ayant un souci constant de diffusion des connaissances. Et tout le monde peut participer à ça à sa façon. Moué j’fais www.lecerveau.mcgill.ca, www.elogedelasuite.net, des films, et je participe à l’université populaire www.upopmontreal.com et au portail de médias indépendants www.infos.media . C’est ma petite goutte dans l’océan infini de tout ce qu’il y a à faire pour tout le monde. Mais on peut tous et toute faire de quoi. Y’en en vraiment pour tous les goût et pour toutes les… compétences !

Le lendemain de ma tirade spontanée à deux cennes, le professeur de philosophie Alexandre Cloutier y allait lui aussi, toujours dans le même journal, de ses propositions Pour sortir du trou et libérer les forces qui dorment en nous.

Les 3 points proposés dans ce texte ne sont pas mauvais, loin de là :

1. Tous les membres de l’Assemblée législative seront élus par tirage au sort grâce à une procédure et à des critères comparables à ceux déjà employés pour sélectionner les jurés. 2. Tous les membres du gouvernement seront élus au suffrage universel. 3. Tous les élus seront révocables en tout temps.

Mais comme le texte d’Yvon Rivard auquel il tente de répondre, je crois que monsieur Cloutier, qui comme bien des philosophes tente de saisir les problèmes de nos « démocrties » en regardant du côté des Athéniens, confond peut-être niveau d’éduation et connaissances techniques qui n’aident pas vraiment à penser le politique… Et surtout, il minimise (passe complètement sous silence en fait) les moyens immensément puissants de désinformation et d’aliénation des esprits par les médias et la désinformation de masse d’aujourd’hui. C’est l’éléphant dans la pièce dont j’ai essayé de rappeler l’existence dans ma petite tirade ci-haut. Mes références ne sont peut-être pas athéniennes mais maskoutaines, et mon expérience de terrain celle d’un p’tit con plutôt que d’un Platon, mais je ne suis pas certains que ce soit un handicap sur le monde actuel qui nous intéresse ici…

 * * *

Un monde où les journaleux ne manque pas « d’humour » (ou de neurones ?). Dans un article intitulé Ces Canadiens invités à la rencontre du groupe Bilderberg et publié dans vendredi dernier sur le site web de Radio-Canada, Bahador Zabihiyan écrit :

« Qu’ont en commun l’astronaute Chris Hadfield, le ministre des Finances Bill Morneau, la présidente des librairies Indigo Heather Reisman et le scientifique montréalais Yoshua Bengio? Ils sont les quatre Canadiens invités à participer à la réunion du groupe Bilderberg, en Allemagne. Une rencontre qui alimente les théories du complot.

Le groupe Bilderberg réunit tous les ans des décideurs mondiaux qui y discutent à huis clos des grands enjeux de la planète. L’hôtel dans lequel se déroule la rencontre, situé à Dresde, est bouclé par les forces de l’ordre, car plusieurs ministres, de grands banquiers ou d’anciens hauts responsables politiques sont présents. »

Les rencontres Bilderberg hypersecrètes et sélectives alimenteraient les théories du compot ! Hon. Dis-moi pas. S’ils les faisaient ouvertes au grand public leur réunion, penses-tu qu’elle « alimenterait les théories du complot », ducon ? Du reste, au risque de me prendre une étampe de complotiste dans le front, je ne crois pas qu’ils vont là pour échanger leurs recettes de grand-mère…

Et puis tiens, en terminant, une belle photo de famille pour résumer tout ça :

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L’appui indécent des grands médias à l’establishment

Les primaires américaines ont été l’occasion de constater l’appui indécent des grands médias à l’establishment, en l’occurrence ici à Trump et à Clinton. Et dans le cas de Clinton c’était encore plus évident et révoltant. On n’a qu’à penser à je ne sais plus combien d’immenses ressemblements de dizaines et de dizaines de milliers de personnes venues appuyer Bernis Sanders qui sont systématiquement passé sous le radar des grands médiocres amerloques et de leurs pâles copies canadiennes.

La partialité complice des grands médiocres, qui a atteint son paroxyme lundi, la veille de la primaire californienne, a été probablement le mieux résumé par Glenn Greenwald dans un article de The Intercept intitulé « Perfect End to Democratic Primary: Anonymous Superdelegates Declare Winner Through Media » et où il écrivait

« This is the perfect symbolic ending to the Democratic Party primary. The nomination is consecrated by a media organization, on a day when nobody voted, based on secret discussions with anonymous establishment insiders and donors whose identity the media organization – incredibly – conceals. The decisive edifice of super-delegates is itself anti-democratic and inherently corrupt: designed to prevent actual voters from making choices that the party establishment dislikes. But for a party run by insiders and funded by corporate interests, it’s only fitting that their nomination process ends with such an ignominious, awkward and undemocratic sputter. »

Cela dit, comme Kiran Opal le soulignait ici de belle façon :

Bref, Sanders est une étape. Pas pire étape quand même.

Photo de Robert Reich.

Et il faut la souligner comme le fait le texte ci-dessous de Robert Reich :

The only thing I can think of doing this morning is to write a public note to my friend, Bernie Sanders:

Dear Bernie:

I don’t know what you’re going to do from here on, and I’m not going to advise you. You’ve earned the right to figure out the next steps for your campaign and the movement you have launched.

But let me tell you this: You’ve already succeeded.

At the start they labeled you a “fringe” candidate – a 74-year-old, political Independent, Jewish, self-described democratic socialist, who stood zero chance against the Democratic political establishment, the mainstream media, and the moneyed interests.

Then you won 22 states.

And in almost every state – even in those you lost — you won vast majorities of voters under 30, including a majority of young women and Latinos. And most voters under 45.

You have helped shape the next generation.

You’ve done it without SuperPACs or big money from corporations, Wall Street, and billionaires. You did it with small contributions from millions of us. You’ve shown it can be done without selling your soul or compromising your conviction.

You’ve also inspired millions to get involved in politics — and to fight the most important and basic of all fights on which all else depends: to reclaim our economy and democracy from the moneyed interests.

Your message – about the necessity of single-payer healthcare, free tuition at public universities, a $15 minimum wage, busting up the biggest Wall Street banks, taxing the financial speculation, expanding Social Security, imposing a tax on carbon, and getting big money out of politics – will shape the progressive agenda from here on.

Your courage in taking on the political establishment has emboldened millions of us to stand up and demand our voices be heard.

Regardless of what you decide to do now, you have ignited a movement that will fight onward. We will fight to put more progressives into the House and Senate. We will fight at the state level. We will organize for the 2020 presidential election.

We will not succumb to cynicism. We are in it for the long haul. We will never give up.

Thank you, Bernie.

Bob

* * *

Mais on reste avec deux mauvaises nouvelles. La première c’est qu’un fou furieux se veut être président de l’Empire. La seconde c’est que pour l’arrêter faudra probablement que les amerloques appuient une racaille d’une hypocrisie sans nom.

Ainsi, en France par exemple :
« Les plus grands magazines français, l’Express, l’Obs, le Point, Paris Match, appartiennent tous à des milliardaires, dont certains vivent de commandes de l’État et sont proches des pouvoirs. Parmi eux, Vincent Bolloré, l’homme qui a prêté son yacht, le Paloma, à Nicolas Sarkozy juste après l’élection présidentielle de 2007. Bolloré est aujourd’hui à la tête d’un groupe diversifié qui fait aussi bien dans la voiture électrique, le commerce en Afrique ou dans les médias. Vincent Bolloré est devenu le premier actionnaire de Vivendi, en a pris la présidence du conseil de surveillance, avec elle celle de Canal Plus. Dès sont arrivée, il ne s’est pas privé de mettre son nez dans les programmes et a renouvelé quasiment toutes les directions. Les Guignols sont passés en crypté, avant une mort prochaine. Des têtes tombent ou vont tomber, comme celle de Patrick Menais, le M. Zapping, coupable d’avoir passé des extraits d’une enquête sur l’évasion fiscale du Crédit mutuel, diffusée sur France3 après avoir été interdite sur Canal Plus. Le magazine Spécial Investigation voit également nombre de ses sujets retoqués. Aujourd’hui, comme le dit Michel Diard, ex-secrétaire général du SNJ-CGT, ce sont « les milliardaires (qui) vous informent » »
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Lundi le 6 juin 2016

Dimanche 5 juin 2016