Nourrir les résistances sous les étoiles et loin de la télé

cinéma sous étloiles

Je voudrais vous parler cette semaine d’une formidable initiative qui en est à sa septième saison déjà: le Cinéma sous les étoiles de Funambules Médias. Mais avant, pour mieux en apprécier la valeur, un petit détour par notre bête noire habituelle, les grands médiocres…

Le summum de la désinformation médiatique est souvent atteint par ce qu’on appelle « les nouvelles » à la télévision. On ne peut en effet y dire la vérité car, comme le disait Coluche, « y’a ben trop de monde qui écoutent »… Alors on vous bombarde de clips courts et désordonnés, 2 minutes sur les élections américaines, 1 minute sur le conflit en Syrie, 30 secondes sur le réchauffement climatiques, etc. Et il faudrait être capable, avec ça, de se faire une image juste de notre monde !

Par contre, pour les émotions et le sensationnel, ça on en a pour notre argent : on va vous la montrer, en long et en large, la peine des familles des victimes des attentats en France (parce que les victimes ailleurs qu’en occident, on s’en balance un peu). D’ailleurs si le peuple iraquien est lui aussi victime d’attentats terroristes, l’ennemi ce n’est plus « eux » pris dans leur ensemble (ce qui est si facile à comprendre et accroche si bien le fond xénophobe qui sommeil en nous). Alors ça devient trop compliqué à expliquer en 2 minutes et on laisse faire ces « petits détails »…

Mais en réalité, comme l’écrivait Henri Laborit dans son livre « La société informationnelle. Idées pour l’autogestion » (1973), il faudrait que chaque être humain soit libéré non pas 2 minutes mais bien 2 heures par jour pour parvenir à s’informer véritablement sur le monde complexe dans lequel il est plongé ! S’informer, ça vient de « mettre en forme ». Mettre en forme de nombreux facteurs qui interagissent souvent de manière dynamique pour générer par exemple une situation sociale donnée.

Internet nous permet aujourd’hui, avec un peu de discipline, de mettre en pratique le conseil de Laborit. Dernièrement aussi, j’ai pu constater à quel point les projections de Cinéma sous les étoiles pouvait jouer ce rôle durant l’été, et ce de façon fort agréable. Cinéma sous les étoiles c’est quoi ? C’est plus de 50 projections gratuites de documentaires à caractère social et engagé dans les parcs de nombreux arrondissements de Montréal (et même à quelques endroits à l’extérieur de la ville). Du documentaire sur des enjeux fondamentaux comme la liberté d’expression, le travail, les réfugiés, le racisme, les guerres, les méfaits des multinationales et du capitalisme en général, etc. Bref, tu vas là, tu t’assoies dans l’herbe, et tu te fais raconter une histoire par un.e documentariste, donc quelqu’un qui a fait une recherche et qui porte un regard informé sur une problématique sociale complexe. Tout le contraire d’un clip de journaleux d’un grand médiocre quelconque, quoi.

Et puis après la projection, Funambules Médias invite toujours soit le réalisateur ou la réalisatrice du film, soit quelqu’un d’ici qui connaît bien le sujet pour une discussion avec le public. Heille, un lieu d’échange toé ! T’sais, le genre de chose qui fait peur au pouvoir : des gens qui se réunissent pour parler et réfléchir ensemble ! Un peu comme ce que d’autres essaient de faire avec l’UPop Montréal, une université populaire dans les bars et les cafés de Montréal qui prend en quelque sorte la relève à l’automne et à l’hiver.

Mais pour revenir à la programmation de Cinéma sous les étoiles, j’ai pour ma part eu l’occasion de voir 4 films à date cet été, tous aussi bons les uns que les autres. D’abord au lancement de la saison au parc Laurier le 30 juin dernier avec Mahmud’s Escape qui suivait une famille syrienne en fuite de la guerre dans leur pays jusqu’en Suisse. Un mois de galère avec deux enfants à geler dehors la nuit. Et même, on peut dire qu’eux l’ont eu relativement facile, à l’époque où les frontières étaient encore poreuse. On imagine maintenant…

Et puis il y a eu jeudi passé Callshop Istambul, un peu l’inverse du film précédent, car on voit passer plusieurs réfugiés mais dans un seul lieu, une boutique d’appels téléphoniques d’Istambul, en Turkie. Le lendemain, c’était la tentative de coup d’état par l’armée turque, puis le surlendemain, celui d’Erdogan, réussi celui-là… Des films d’une actualité criante, disions-nous.

Juste pour compléter le tableau de toutes ces histoires dont vous ne verrez pas grand-chose sinon rien à la télé, le film The Ninth Floor sur l’occupation étudiante de l’université Concordia en 1969 pour dénoncer le racisme d’un professeur et la répression policière qui s’ensuivit. Qui a déjà entendu parler de cet épisode marquant de l’histoire des droits civiques au Canada ? Pas moi en tout cas. Jusqu’à ce que je me couche moins cave ce soir-là grâce à Cinéma sous les étoiles.

Et finalement, mon coup de cœur qui fut plutôt un coup de massue dans le front : La Buena Vida, sur une petite communauté autochtone du nord de la Colombie qui se fait déplacer par une grosse multinationale qui opère la deuxième plus grosse mine de charbon à ciel ouvert au monde. Trop gentil et empreint d’une sagesse ancestrale, ces gens négocient de bonne fois avec des crosseurs à cravate qui vont les relocaliser dans un désert avec promesse (non tenue bien sûr) qu’il y aurait suffisamment d’eau pour cultiver. Bref, une communauté qui perd son village dans une forêt luxuriante où ils ne manquaient de rien, leur mode de vie, leur terre, leur histoire, bref tout. Tout pour que quelques occidentaux européens aient de l’électricité à base de charbon, cette méthode passéiste de production d’énergie.

J’ai vu le film avec mon « neveux » de 19 ans. Il était aussi en tabarnak que moi en quittant le parc. Voilà peut-être comment on pourra s’en sortir : en « nourrissant les résistances » (slogan de cette saison de Cinéma sous les étoiles) des jeunes qui se détournent de toute façon de plus en plus de la télévision. Mais encore faudra-t-il leur offrir autre chose que des Pokémon Go…

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